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Valuable information helping designers to make profitable business decisions

Preface

 

Préface à l’édition française

Attention : révolution culturelle et commerciale. Il est question dans ce manifeste de prendre le pouvoir ! Celui des designers entrepreneurs dans leur relation professionnelle avec leurs clients et dans leur relation émotionnelle à l’argent. Dans quel but ? Pour revenir à une idée simple, qui a pu se perdre dans les méandres d’une activité où se mélangent ébullition d’un cerveau créatif et données pragmatiques du monde des affaires : développer son entreprise de design et la faire fructifier. C’est l’objet même du projet de travailler à son compte qui est en jeu : construire sa liberté de créer et d’entreprendre. Rien de moins.

Les principes que développe Blair Enns trouvent leur source dans le marketing, les règles du commerce, la psychologie, les neurosciences et dans sa longue expérience à côtoyer les « Gens Qui Voient ». C’est ainsi qu’il nous appelle, nous, les designers. Blair Enns admire notre propension à chercher et trouver des solutions aux problématiques grâce à notre créativité. De son point de vue, les designers possèdent un très haut niveau d’expertise et un talent unique : ils voient les solutions. En travaillant à notre contact, il a pu observer les incohérences de certaines pratiques généralisées. Parce qu’on ne nous a pas enseigné à négocier contre paiement à sa juste valeur, la plupart d’entre nous applique sans le vouloir des méthodes qui nous mettent dans la position de nous voir dicter par nos clients nos conditions de travail et de rémunération. Il n’y a aucune raison pour que les designers se soumettent ainsi. C’est à partir de ce postulat que Blair Enns a développé au fil des années une formation spécifique à notre attention. Il nous explique pourquoi nous nous plaçons malgré nous, dès les premiers contacts, en situation d’infériorité face au client potentiel et les incidences sur la créativité et la rentabilité de notre activité. Enfin, et surtout, il nous montre, en douze étapes, le chemin pour nous sortir de cette impasse et pour accéder à ce que cherche tout entrepreneur : à prospérer.

Blair Enns vit au bord de la rive nord-est du lac Kootenay, dans les Rocheuses canadiennes. De là, il roule jusqu’à un petit aéroport, prend un petit avion pour rejoindre l’aéroport international, d’où il s’envole parcourir le globe en long-courrier, à la rencontre des « Gens Qui Voient ». De l’Amérique à l’Asie, en passant par l’Europe et le Moyen-Orient, Blair Enns donne des conférences et coache un nombre impressionnant de designers, gérants d’entreprises de toutes tailles. Je l’ai rencontré il y a quelques années, un jour de séminaire dans les beaux quartiers de Londres. Ce fut, pour moi aussi, le choc culturel, psychologique, en même temps qu’une grande excitation : il décrivait avec précision la relation à l’argent, émotionnelle compliquée, que l’on rencontre dans les professions artistiques, un sujet sur lequel je travaille depuis toujours. Il pointait du doigt une attitude que bon nombre d’entre nous avons eue : offrir nos idées. Pourquoi donc la plupart des designers dilapident-ils ainsi leur bien ? Est-ce par habitude de présenter leurs travaux aux professeurs ou par aveuglement d’un irrépressible désir de reconnaissance ? Avant de foncer tête baissée, réfléchissons : à qui profite ce crime ? Dans quelle autre profession agit-on ainsi ? C’est qu’il manque à la plupart d’entre nous une compétence : savoir vendre. Puis Blair Enns expliqua comment reprendre l’avantage. Je pus sentir l’impact de ses mots dans une salle comble de designers, d’abord dubitatifs, puis enjoués par l’optimisme qu’il faisait naître.

J’ai moi aussi effectué le parcours que Blair Enns décrit. J’ai commencé par fournir mes idées gratuitement. « C’est comme ça que ça se passe dans ce métier » avais-je appris. Bien qu’ayant remporté des appels d’offres, mon enthousiasme s’est vite effrité et j’ai finalement trouvé que l’énergie investie ne valait pas la maigre récompense en retour. Par lassitude puis par éthique, j’ai fui l’absurdité de ce système. Non sans angoisse, j’ai établi que dorénavant toute relation professionnelle ne reposerait pas sur la fourniture de ma réflexion sans contrepartie équitable. Dussé-je changer de métier. Ma carrière n’en fut pas atteinte, bien au contraire, elle s’est développée sur des bases saines. J’ai dit non aux idées gratuites, sans toutefois établir de véritable stratégie commerciale.

Lors de ce séminaire, j’ai trouvé en Blair Enns un alter ego. Ce que j’abordais sous l’angle de la déontologie, de valeurs professionnelles et citoyennes, lui l’abordait sous l’angle des affaires et de valeurs économiques. Ce que je prônais avec mes confrères comme des valeurs morales au sein d’un syndicat professionnel — sans proposer de méthode —, lui le recommandait comme l’intelligence d’une stratégie commerciale de développement économique d’entreprise — en expliquant le mode d’emploi. J’avais en face de moi le chaînon manquant d’une suite logique pour aider les designers à développer leur art et leur business. Blair Enns ne fait pas dans la déontologie, quoique. Les valeurs qu’il défend sont le professionnalisme, l’écoute des besoins, le respect avant le profit, la construction d’une expertise de qualité, la formation continue pour nous améliorer toujours, entre autres. Ces valeurs, par les effets qu’elles ont sur notre activité, défendent les intérêts de notre profession et en cela rejoignent les idées que diffusent les syndicats de designers.

« Design is a business » est un concept présent dans les esprits des pays anglo-saxons davantage qu’en France, mais cette notion progresse auprès de plus en plus d’adeptes. Les associations professionnelles de designers de notre monde globalisé bannissent les démarches qui poussent à fournir notre expertise et nos idées gratuitement parce qu’elles tuent notre offre. Mais les méthodes commerciales pour apprendre à développer une entreprise créative sur d’autres bases manquent cruellement. Pourquoi Blair Enns, qui nous donne un nom d’Indien, les « Gens Qui Voient », formé au marketing — une activité que j’ai souvent vécue comme étant rivale de la nôtre — est-il sollicité par des associations de designers du monde entier pour prodiguer ses conseils ? Parce qu’au-delà de l’exposé du fonctionnement de nos cerveaux créatifs — un miroir qu’il nous tend avec provocation parfois, mais toujours avec humour et respect pour notre profession (de l’empathie ?) — il construit avec pragmatisme une stratégie commerciale fondée sur le refus de fournir ses idées gratuitement. Il décortique les mécanismes du pouvoir au sein d’une relation professionnelle. Il corrige nos travers, nous recentre vers les bons objectifs, nous montre comment nous pouvons être reconnus comme des experts et en quoi cela est indispensable pour notre développement économique. Certains d’entre nous appliquent déjà quelques principes de bon sens, mais ce qui fait la force et la valeur de ce manifeste, c’est l’ensemble cohérent et interdépendant qu’énonce Blair Enns. Il avertit : le suivre n’est pas chose aisée. Baisser les bras et revenir aux veilles habitudes pénibles, apparemment rassurantes, est plus facile. Mettre en application les principes des douze étapes qu’il préconise nécessite d’oublier quantité d’idées reçues apprises tout au long de nos études et lors de notre entrée dans la vie active, d’avoir le courage de repenser une approche de la relation professionnelle et de la commande, de transformer nos méthodes de travail en conséquence. Décidons de suivre toutes ces étapes, tout deviendra possible. Une fois cette stratégie assimilée et mise en pratique, il peut être opportun de relire de temps en temps ce manifeste, notre créativité étant prompte à nous jouer des tours…

Le goût des affaires et la déontologie se rejoignent ici pour promouvoir les meilleures pratiques professionnelles. Blair Enns, qui fait autorité dans son domaine, est depuis quelques années beaucoup imité. Il nous dédie ce manifeste. Pour ma part, en passeur, je suis fier de vous le livrer enfin. Maintenant qu’il est parvenu jusqu’à vous, à vous de vous en emparer.

    François Caspar
    Saint-Mandé, France, 2014